AUTOBIOGRAPHIE HYBRID

Je suis née le 18 juin 1992, à Bordeaux, deuxième fille d’une famille franco-néerlandaise qui s’est très vite installé à Mantes-la-Jolie avant que j’atteigne ma première année.
Je suis par la suite resté à Mantes-la-Ville, et y suis encore à ce jour.
C’est ma mère qui m’a appris à entendre et écouter de la musique. Très éclectique et très fournie, sa culture musicale a forgé la mienne, avant que j’amène mes pierres à l’édifice. 
Elle nous disait de nous asseoir sur le canapé, moi et mes deux soeurs, de fermer les yeux, et d’identifier les instruments que nous entendions, ce que nous ressentions. Elle nous disait de « sentir ». Souvent, c’était du Prokofiev, Symphonie no 1 en D majeur. 

Une autre œuvre me revient en mémoire comme étant une symétrie en négatif des émotions positives que m’avait procuré la musique de Prokofiev. 
“Jeff Wayne’s Musical Version of the War of the World”,
 Album concept de 1978, racontant le roman « La Guerre des Mondes » de H.G Wells, dans un format alternant parties narratives et parties composées, un peu à l’image d’une comédie musicale. 
L’enfant que j’étais était incapable d’entendre ne serait-ce que les premières notes du vinyle sans s’enfuir le plus loin possible de la provenance du son.

C’est ma mère qui m’a dit la première « tu ne voudrais pas prendre des cours de chant ? Tu sais déjà faire des choses, je t’entends chanter dans ta chambre », ce à quoi j’ai répondu que ça ne m’intéressait pas, que c’était une impression, qu’elle se faisait des idées parce que j’étais loin d’elle, mais au fond j’étais contente qu’elle me le dise. (c’est aussi intéressant de noter que mon père semble avoir l’oreille absolue mais qu’il n’y trouve pas d’intérêt non plus, haha.)

 (Bien qu’ayant eu une enfance douce et pleine d’amour, j’ai nourri un monstre, celui de l’angoisse, et j’ai fait énormément de cauchemars, qui sont encore gravés dans ma mémoire comme si c’était hier. On m’a soupçonné une hyperactivité, de l’hypersensibilité qu’on a souvent confondu avec de la susceptibilité à tort)
La musique a toujours été très importante, comme l’était les autres formes d’art. C’était amusant, de chanter, de danser, de créer, de penser et repenser l’art et la création. Je voulais faire ma vie dans ce que j’aimais le plus : Jouer.  Avec les mots, les images, les sons. 

J’ai été élève de maternelle et de primaire à l’école Armand Gaillard ; je crois qu’à cette époque je disais aux professeurs ce qu’ils voulaient entendre et j’écrivais ce qu’ils voulaient lire, j’avais de très bons résultats et était souvent première de la classe, mais secrètement, dans ma chambre d’enfant, je m’enregistrais parler, chanter, en me répétant les rares fois où on m’avait dit que je devrais peut-être chanter, en rêvant à un peu plus grand mais sans vraiment y croire, et je me nourrissais des rares moments de création et de liberté qu’on nous accordait à l’école, parce que j’espérais, quelque part, avoir un petit talent pour ces choses qui me plaisaient tant. J’ai partagé certains de ces moments avec mes sœurs et c’était des moments exceptionnels, comme par exemple le morceau « Shadow on the Wall » de Mike Oldfield, sur lequel ma guitare actuelle a beaucoup servi au Air Guitar, sa fonction principale pendant des années.

J’ai ensuite suivi un cursus classique de collège, avec des résultats divergents d’une matière à l’autre, et plus le système m’amenait à être académique, et moins je m’y accrochais. Moins je m’amusais, et plus mes résultats chutaient.
Lorsque j’ai dit que je voulais devenir professeure d’arts plastiques, ma professeure d’arts plastiques elle-même m’a dit que c’était une mauvaise idée, que tous les secteurs artistiques étaient bouchés, que les salaires étaient pitoyables, et j’en passe. C’était un peu un rêve qui s’écroulait d’entendre ça de la bouche de quelqu’un que je pensais passionnée, justement.

Quand est arrivé l’adolescence, j’avais envie de toucher à tout et de savoir tout faire ; illustration, graphisme, écriture, cinéma, etc, et enfin la musique. Au diable le salaire, au diable les secteurs bouchés. La vie est courte.
 
Ce qui m’a poussé à faire de la musique en premier lieu, c’est tout simplement la présence de la guitare dans notre appartement familial. Je faisais n’importe quoi sur cet instrument (j’ai joué des notes basses au pouce, c’est pour dire) mais ça me plaisait et c’était marrant, je jouais à savoir jouer (ce qui est paradoxal, finalement), alors j’ai commencé à prendre des leçons de guitare sèche ou ?. Une fois de plus, il a fallu que je m’accroche pour rester scolaire et sérieuse, j’avais une idée toutes les 10 secondes et je me détournais très aisément de mon but premier, et c’était une épreuve de me concentrer sur les mêmes exercices encore, et encore, et encore. Je me demandais souvent à quoi ça rimait, finalement.
  
 Je faisais de la musique avec ma meilleure amie Hélène, celle qui m’avait fait, sans le savoir, découvrir mes sons de prédilection, le metal et le punk rock (Stratovarius,Sum41). 
Elle aussi avait commencé la guitare, en même temps que moi. Jouer ensemble a certainement motivé mon évolution, aussi. 

Un jour, lorsque nous rendions visite aux groupes de musique qui jouaient ensemble dans les studios de mon école de musique, et ayant un peu chanté dans mes cours de solfège (une heure par semaine, et j’espérais m’améliorer sans bosser à côté haha.), mon professeure de guitare, sachant que j’avais la capacité de chanter juste et en rythme, m’a proposé de faire un ou deux morceaux pour le groupe, car les chanteurs semblaient manquer à cette période…
J’ai fini par chanter toutes les chansons pour deux groupes différents, et j’ai joué et chanté sur scène avec eux des morceaux de Greenday principalement, mais aussi du Guns and Roses, du Anthrax ou du Motorhead pour n’en citer que quelques uns (j’ai chanté pour eux même en n’étant plus inscrite dans l’école, mon prof de guitare m’a très souvent couvert d’ailleurs…).

La découverte de la scène a juste été incroyable, c’était enivrant, fascinant, de voir des gens réagir à ce que nous faisions, et j’étais très fière d’être acceptée parmi ceux que j’imaginais si haut lorsque j’étais au collège. J’admirais beaucoup les musiciens et aie toujours questionné la légitimité de ma présence.

 En parallèle, mes premières expériences scéniques ont également provoqué des montées d’émotions si fortes que parfois c’était intenable et que je devais me mettre à l’écart pour crier, pleurer, ou frapper quelque chose. C’était quelque chose que je connaissais déjà, à m’en couper les mains sur du verre brisé, mais la musique ravivait constamment le feu, et je ne pouvais plus m’en passer.
A ce moment là, l’art graphique prenait tout de même une place plus importante dans ma vie. 
Je dessinais plus que je ne chantais, chanter restait malgré tout un passe-temps très agréable, alors que le dessin était un chemin que je voulais professionnalisant. 

En entrant au lycée, j’ai du me séparer de nombre de mes amis car je changeais d’établissement. 
En effet, pour développer les arts plastiques, c’était une obligation. 
Je suis arrivé dans un lycée où je ne connaissais personne, Le lycée Saint Exupéry.
 Je n’avais aucun repère, et j’ai du tout recréer, presque à partir de zéro. C’était une grande aventure qui démarrait, et je n’avais pas conscience que ça prendrait autant d’importance d’avoir suivi ma voie.
 « Tu peux essayer, mais il faut être l’élite ; si tu veux y arriver, il va falloir se tuer à la tâche ».

Un jour, en début d’après-midi, j’ai vu Pâris, de loin. Son style presque hip-hop m’avait surpris. Il parlait avec un CPE, je crois. Je me demandais qui ça pouvait bien être, car c’était peu fréquent de voir ce genre de personnage dans l’enceinte d’un lycée. Je pensais honnêtement qu’il venait faire une intervention et que je ne le reverrais pas.
 De loin, j’ai pu voir son projet grandir et s’étendre sur le lycée. J’étais tellement loin, qu’initialement je n’avais pas fait le lien avec l’inconnu que j’avais vu et les cours qu’il donnait. Je voyais beaucoup d’élèves, plus axés sur l’urban style et le R’n’B se rendre à ses cours de chorale, pendant la pause repas. Au début, je n’avais simplement pas envie de m’y déplacer, l’heure du repas, c’est court et un peu sacré, le reste du temps, on était enfermés dans des salles de classe mornes et je passais plus de temps à dessiner des bêtises avec mon amie Sonia qu’à écouter.
Je ne sais plus exactement pourquoi j’ai décidé d’aller chanter là-bas. Pourtant, la salle avait la même gueule que les autres salles de cours. (c’est sonia qui t’a trainé là bas après m’avoir dit qu’elle viendrait avec une meuf qui chante bien et qui devrait essayer)
 Je pense que c’était par esprit de contradiction. Les « hardos », les « rockers », les « gothiques » n’allaient pas là bas. Sauf Sonia, une de mes amies. Je crois que c’est ça qui m’a poussé à aller voir et à m’essayer à l’exercice. Quelqu’un a du m’y pousser un peu, mais je n’ai pas de souvenir de qui. 
Je me suis jeté à l’eau, et ait chanté ce qui me semblait le plus simple et efficace à soutenir, « Holiday » de Greenday. L’excitation évidente de Pâris et des élèves qui se trouvaient là m’a tellement agréablement surpris que je me suis tout de suite sentie acceptée, alors que je pensais me faire jeter des pierres verbales, un peu comme dans les couloirs du lycée, finalement.  Mais ils avaient réussi à créer un microcosme, une bulle de paix sincère au milieu d’un monde complètement fou.
J’en suis venu à manger par terre dans le couloir pour pouvoir être là dès le début. A la fois amusant et intéressant, j’adorais faire partie d’un projet artistique à ce point apprécié. 

J’ai tourné autour de la Plateforme et des projets de Pâris sans vraiment oser m’impliquer au début.
 Ca nécessiterait que je mette de côté d’autres choses qui allaient peut-être être plus importantes.

S’il n’avait pas un peu insisté pour me montrer que je pouvais faire de grandes choses avec ma voix tout en me permettant de développer encore plus les compétences que j’avais déjà, je n’en serais pas là.

Ce qui m’avait intrigué le plus, c’était que Pâris organisait parfois des soirées déguisées, entre « gothiques » du lycée, tous ceux qui étaient un peu mis de côté de par leur excentricité, et que Sonia m’a dit qu’il fallait que je vois ça. Et elle n’avait pas tort. J’ai vu qu’il n’était pas seulement prof de chant, il était aussi ouvert à des cultures qui n’étaient à premier abord pas les siennes, et pas seulement ouvert, il pouvait se passionner pour tout ce qui était authentique, en s’appuyant sur de vraies connaissances à la fois philosophiques et techniques, et ce dans tous les domaines. 
Et si il organisait ce genre de soirées, c’est aussi parce qu’au fond, il était lui aussi un misfit.

J’avais trouvé un copain de foisonnance! Ce qui m’a surpris, c’est comme il aimait et voulait partager, et comme sa passion pouvait se répandre sur tous ceux qui le croisait ; il se saignait pour que les autres se sentent bien et pour que ses projets voient le jour. 
Ca forçait le respect, très vite il est devenu une référence dans énormément de domaines pour moi.

Lorsqu’il m’a offert mon premier cours de chant, j’ai commencé à voir l’iceberg qu’était l’apprentissage de la voix, toutes les subtilités que ça impliquait. J’ai eu la chance d’avoir des facilités, je ne me posais pas de questions, je voyais bien que son apprentissage était efficace dès les premiers essais et je n’avais jamais appris aussi vite et autant apprécié apprendre quelque chose. Je le faisais parce que j’aimais ça, comme j’aimais jouer. Je me suis un peu tombé amoureuse du chant, au point où j’en ai presque oublié que je jouais d’un instrument, avant…

Lorsque la Plateforme est devenu une association, le Laboratoire des Arts, il a fallu une fois de plus insister un peu pour que je me décide à m’impliquer réellement (la grosse reloue), mais une fois que c’était fait, je ne jurais plus que par ça. Je devais sacrifier mes dimanches, mais ce n’était un problème que pour les autres. J’adorais aller au labo. C’était une bouffé d’oxygène, comme à l’époque de la Plateforme, sauf que cette fois, c’était plus intime et autrement plus intense. Au tout début, j’ai jonglé entre les groupes de l’école de musique et le Labo, mais très vite les autres groupes s’épuisaient. Je m’amusais bien, mais nous n’allions plus assez loin à mon goût.
  
J’ai appris à travailler fréquemment sur les mêmes chansons, ce que j’avais en horreur avant, j’ai appris la patience, j’ai appris le respect de l’autre et de son travail. J’ai aussi appris l’humilité, je crois.  Et j’ai surtout appris à chanter, bien sûr, mais me suis aussi ouverte à la composition, l’écriture de textes et à la conception complète d’un profil d’artiste, un des éléments du programme d’apprentissage proposé par Pâris.

Après des heures de travail, de films d’horreur et de séries b, de discussions, de partages et de rencontres fascinantes, le projet Hybrid est né.

Comme un réceptable à nos passions communes, Hybrid est devenu le point de chute de ce que nous commencions à inventer; une extension rock d’un collectif de voix soul, où nous pourrions faire s’épanouir complètement un profil d’artiste, se nourrissant de tout ce qu’il croiserait. Nous avons travaillé avec des musiciens géniaux, vécu de grands moments avec ces grandes voix du Laboratoire des Arts (qui elles aussi suivent le même cursus d’épanouissement et de travail), et projeté de sortir quelque chose de ces croisées de chemins : Il fallait sortir un album, à l’image de ce que nous avions construit par la force des choses.
 
Pour moi, Hybrid est un puzzle 4D de 2000 pièces, et chaque pièce vient d’un puzzle différent. Alors, les faire se correspondre nécessite énormément de patience et de travail. Et énormément de petites mains pour le monter.

Ca semble impossible à première vue, mais la méthode de Pâris permet cela.

Pendant environ un an et demi, nous avons vécu une césure, j’ai décidé de me séparer du groupe un temps, des filles et de Pâris. Travailler seule, avec l’aide de quelques personnes épisodiquement, a été également révélateur. Tout d’abord de l’impact qu’avait pu avoir notre travail en binôme et la présence des filles sur moi : Ca n’avait plus le même sens qu’avant, et je savais que je n’étais plus tout à fait épanouie sans eux quand je chantais et composais. Mais cela m’a aussi aidé à me prouver que j’étais capable de créer totalement par moi-même, mais avec toujours en tête qu’un jour, les pièces du puzzle Hybrid s’emboiteraient.

Lorsque nous avons repris le travail avec Pâris, avec de nouveaux musiciens extrêmement talentueux, le projet de l’album a repris forme, et c’était magnifique.

Le premier titre « Nobody will love you » est sorti le 15 septembre 2016, et est disponible à la vente. C’est une grande victoire de savoir que ce morceau nous survivra, et que tant d’autres suivront. 

(Et cette sortie n’est que la pointe de l’iceberg.)